Italie : la révolution silencieuse des engrais
La flambée du prix des engrais provoque une crise dans précédent pour les agriculteurs, en particulier les céréaliers de la Plaine du Pô, en Italie. Très dépendants de l’urée, l’engrais azoté dont le prix a doublé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, ils tentent de trouver des alternatives plus naturelles. Un reportage d’Anne Verdaguer et Caroline Bordecq, cofinancé par l'Union européenne.
Les agriculteurs italiens subissent en moyenne depuis quelques mois des surcoûts d’environ 30%, en raison de la hausse du prix des engrais. L’Italie, deuxième puissance agricole de l’Union européenne, importe 70% de ses engrais minéraux (azote, phosphate, potassium), dont près de 50% proviennent d'Égypte, suivie de l'Algérie, de la Libye, de la Turquie et du Maroc.
Pour Cesare Fedeli, céréalier près de Milan : « Si on considère seulement l’utilisation de l’urée, qui est l’engrais azoté que nous utilisons le plus, pour 200 hectares de riz et 100 hectares de maïs, il y a eu une augmentation des coûts d’environ 35 à 40 000 euros. Par rapport à 2025, les prix des fertilisants ont augmenté de 50%. Cette augmentation, on ne peut que la subir et la peur aujourd’hui, c’est de produire à perte : que la valeur de la récolte ne permette plus de couvrir les coûts de production. Malheureusement, il n’y a pas d’alternative : nous sommes dépendants de ce type de produit. »
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Une taxe carbone sur les engrais controversée
L’Italie a réclamé la mise en place d’un corridor humanitaire sur le détroit d’Ormuz pour les engrais, alors que les craintes de crise alimentaires se renforcent.
Le puissant syndicat agricole italien Coldiretti s’est rendu au Parlement européen à Strasbourg, le mois dernier (mai 2026) pour réclamer notamment la suspension de la taxe carbone aux frontières, sur les engrais.
Pour Luigi Simonazzi de Coldiretti Lombardie : « En Lombardie, les céréales sont principalement destinées à l’alimentation animale. Je ne peux pas renoncer à produire mon maïs, parce que je sais qu’une vache laitière consomme chaque jour plusieurs kilos de maïs. Donc même si l’engrais coûte deux fois plus cher, je dois continuer à l’acheter. Et ensuite je dois espérer pouvoir vendre mieux mon lait, ma viande ou mes œufs. C’est là tout le problème : les coûts de production augmentent immédiatement, mais les prix agricoles ne suivent pas toujours ».
En attendant une réponse à la demande de suspension temporaire de la taxe carbone aux frontières de l'UE, l'Italie a remporté une victoire en suspendant les droits d'importation sur l'ammoniac et l'urée en provenance de pays non membres de l'UE, à l'exception de la Russie et du Bélarus, qui resteront soumis à des sanctions en raison de la guerre en Ukraine.
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