Pourquoi la Prégabaline est-elle surnommée la "drogue du pauvre" ?
La prégabaline, commercialisée notamment sous le nom de Lyrica, est à l’origine un médicament. Elle est prescrite contre certaines douleurs neuropathiques, l’épilepsie et, dans certains pays, le trouble anxieux généralisé. Mais depuis plusieurs années, elle fait aussi l’objet d’usages détournés. C’est dans ce contexte qu’est apparu son surnom de « drogue du pauvre ». Il faut le préciser d’emblée : ce n’est pas un terme médical, mais une expression populaire et médiatique, forgée pour décrire un phénomène social bien réel.
Pourquoi ce surnom ? D’abord parce que la prégabaline est moins chère et souvent plus accessible que des drogues illicites classiques. Comme il s’agit d’un médicament, elle a longtemps circulé plus facilement via des prescriptions, du nomadisme médical, des détournements d’ordonnances ou le marché noir. En France, l’ANSM a d’ailleurs durci ses conditions de prescription en 2021 : ordonnance sécurisée obligatoire et durée maximale de prescription limitée, précisément pour freiner le mésusage. Au Royaume-Uni, elle a été classée substance contrôlée en 2019 pour des raisons similaires.
Ensuite, ce surnom renvoie au profil de certains usages détournés. Les études montrent que la prégabaline est particulièrement recherchée dans des populations déjà fragilisées socialement ou médicalement : personnes ayant un trouble de l’usage des opioïdes, patients polyconsommateurs, personnes précaires, parfois en prison ou en situation de grande vulnérabilité. Elle peut être prise pour rechercher une sédation, une désinhibition, une sensation d’apaisement, voire pour potentialiser les effets d’autres substances, notamment les opioïdes. C’est cette combinaison entre faible coût relatif, disponibilité et effets psychoactifs qui explique l’étiquette de « drogue du pauvre ».
Mais attention : ce surnom est aussi trompeur. D’abord parce qu’il banalise un médicament qui peut être utile et légitime lorsqu’il est bien prescrit. Ensuite parce qu’il masque la gravité des risques. Les autorités sanitaires signalent des cas de dépendance, de troubles de la conscience, de confusion, et surtout de dépression respiratoire, parfois sévère, notamment lorsqu’elle est associée à des opioïdes, à l’alcool ou à d’autres sédatifs. En France, l’ANSM a même relevé qu’en 2019 la prégabaline apparaissait, pour la première fois, comme le premier produit ayant entraîné une dépendance chez des usagers de drogues dans l’enquête OPPIDUM.
En somme, si la prégabaline est surnommée « drogue du pauvre », c’est moins à cause de sa chimie que de son contexte : un médicament relativement accessible, détourné pour ses effets psychoactifs, surtout dans des milieux vulnérables. Derrière la formule choc, il faut donc voir un problème de santé publique, d’addiction et de précarité — pas un simple phénomène de mode.
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